Le nerf de la guerre
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : SatyamVous êtiez riche. Mais voila, vous vous êtes laissé attendrir par mon billet sur la belle initiative Kiva d’il y a trois jours. Résultat : vous avez prêté tout l’héritage de votre grand-mère (exactement 376,34€, mamie a tout bouffé avant de claquer…), à Esmeranda, jolie péruvienne pour son beau projet de Cyber Café au milieu des Andes. En attendant qu’elle vous rembourse (à la vitesse de la connexion Internet dans les Andes, vers 2046…), vous vous retrouvez à sec pour votre propre projet : un innovant Cyber Café Rasta au milieu de la jungle parisienne. Le projet est séduisant sur le papier, votre carte de menu ital est prête, votre déco rouge jaune vert aussi, et même vos natty dreads, il ne manque plus que les fonds. Force est de constater qu’à l’inverse de vos potes, fumeurs de chanvre devant l’éternel Selassie I, votre conseiller n’est pas très emballé à l’idée de mettre les sous de sa banque dans votre projet. Qu’à cela ne tienne, traversons l’Océan Atlantique à la rencontre de quelques personnes dans de jolis costumes qui sont prêts à vous écouter, eux : les analystes de la banque d’affaire Goldman Sachs .
Dans ce lieu ô maudit, ultra capitaliste, et communautariste de surcroit, cette banque d’affaire a créé un fond d’investissement « urbain », le Urban Investment Group. Entendez par là qu’elle propose des services financiers, essentiellement de l’investissement en capital, et des partenariats à des entreprises menées par des représentants des minorités ethniques et à destination de ces mêmes minorités. Le constat est simple : 2% du capital investissement américain et 3% des investissements aux PME vont en faveur de ce genre d’entreprises. Et cela ne reflète pas du tout les opportunités du segment, mirobolantes selon la vision de la célèbre banque d’investissement (les minorités représentent 20% du pouvoir d’achat américain).
Fort de cette découverte, vous vous empressez alors de monter votre dossier de proposition pour le Urban Investment Group. Vous y allez de votre petit business plan, avec force power point et camemberts en 3D (merci Office Live). Votre concept de franchise est bien rôdé : quand même remplacer les casquettes style Mac Do de vos serveurs par des perruques à locks fallait y penser… Et que dire des hamburgers « Israel » et des frites « Vibration », tout un programme…
La branche « ethnique » de Goldman Sachs, sélectionne les projets sur lesquels elle investit, selon des critères purement financiers, on pense bien, mais aussi sur des critères humains : niveau d’implication des dirigeants dans la communauté visée, niveau d’expérience,… Une fois le projet sélectionné, la banque met en place un partenariat sur le long terme comprenant en plus de l’apport de capitaux, un accompagnement avec des interventions d’experts, la recherche d’opportunité grace à son réseau de partenaires,…
Bref, une initiative de gens très pragmatique, qui donne des choses comme… Trace. En effet, c’est en partie grace à l’argent de Goldman Sachs que le groupe, créé par un martiniquais, un togolais-francais et un afro-américain a pu être là oû il est aujourd’hui.
Avoir des idées c’est bien, avoir de l’argent pour les réaliser c’est encore mieux. Si on veut que les minorités en France puissent avoir des modèles de réussites entreprenariales, si on veut qu’une dynamique de création d’entreprise en respect avec la culture des gens puissent se développer, cela passe par des organes comme celui-ci. Cela montre aussi, que les spécificités des minorités demandent des instances dédiées, des experts au fait culturellement et socialement de ces communautés.
Qu’enfin ces communautés puissent avoir accès à des structures financières prêtes à investir dans leurs projets, qui croient en leurs cultures et ne pas se voir rétorquer des conneries du genre « c’est trop segmentant ». Que ces structures financières puissent être dirigées par ces mêmes communautés ce serait encore mieux.
Donc le vrai débat derrière ça c’est : à quand en France ? Est-ce possible ? Est-ce nécessaire ? Et si oui, comment ?
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